Si en avril, le G20 s’est focalisé sur la lutte contre le secret bancaire et les plateformes offshore, la question continue à préoccuper Barack Obama qui a déclaré mardi vouloir récupérer 110 milliards sur 10 ans. Mais à quoi ressemble la vie dans un paradis fiscal ? « Il fait bon vivre dans les paradis fiscaux, parce que ce sont souvent des expatriés qui y travaillent », nous répond Christian Chavagneux, rédacteur en chef adjoint d’Alternatives économiques qui complète d’emblée en précisant que ces « paradis » sont en fait des creusets d’inégalités.
Christian Chavagneux qu’on rencontre, entre piles de livres et colonnes de dossiers, à Alternatives économiques (il y est rédac’chef adjoint) est l’auteur du très efficace les Paradis fiscaux, aux éditions la Découverte. Comme on n’a jamais mis les pieds dans un paradis fiscal, on lui demande si ça vaut le coup (pour nous) d’aller s’installer à Jersey ou sur les îles Caïmans. « En fait, les écarts de niveaux de vie sont très importants », nous répond Chavagneux. « Les communautés expatriées font monter les prix de l’immobilier, mais c’est plus difficile de se loger pour les habitants. Beaucoup de gens de Jersey ont du quitter l’île, pour ces raisons». Poursuite de la promenade dans ce que les Allemands appellent carrément les « oasis fiscales »
C’est quoi un paradis fiscal ?
En fait, il n’y a pas de définition officielle. Le G20 s’est basé sur les informations de l’OCDE qui publie des listes depuis 10 ans. Un paradis fiscal est d’abord un état ou la fiscalité est très faible. Ces états ont souvent recours au « secret bancaire », loi qui interdit aux employés de banques de communiquer des informations sur leurs clients y compris à leur propre gouvernement. Beaucoup permettent également de domicilier des sociétés sans avoir la moindre activité sur place.
Pourquoi ont-ils un impact énorme sur l’économie ?
Parce que ce sont presque la moitié des flux financiers et des investissements étrangers qui passent par ces places offshore. Pour les Etats, cela représente des pertes considérables en matière de recettes budgétaires. «En France on pense que 40 à 50 milliards d’impôts sont perdus chaque année, soit 10% des recettes publiques». Un rapport récent du parlement européen évalue la fraude fiscale à 200 milliards par an, soit 2% du PIB pour l’Europe. C’est aussi un facteur d’instabilité, car «l’opacité permet de prendre beaucoup de risques de manière non contrôlée».
Depuis quand existent-ils ?
Les paradis fiscaux ont été inventés au XIXe siècle, aux Etats-Unis. Ils se sont développés dès les années 1920 et leur usage s’est généralisé à partir des années 1970. Trois types d’acteurs les utilisent: « Les particuliers aisés et les multinationales essayent d’échapper à l’impôt mais il y a surtout les grands acteurs financiers qui font leur business et touchent de fortes commissions ».
Quels liens avec la crise ?
Si les paradis fiscaux ne sont pas à l’origine de la crise, ils constituent en fait un facteur aggravant. De nombreuses banques et entreprises ont pu dissimuler des pertes via des filiales dans ces territoires. La crise qui creuse les déficits pousse les gouvernements à réagir. Les appels à plus de transparence vont dans le même sens. Le principal reproche qu’on peut faire aux places offshores est qu’elles créent de l’opacité.
Quelles sont les avancées du G20 ?
Longtemps les gouvernements ont eu une attitude ambiguë. Aujourd’hui les choses ont clairement changé. «Ce qu’on a gagné avec le G20, c’est que l’ensemble des participants acceptent de collaborer en matière d’évasion fiscale», reprend Chavagneux. Désormais on ne pourra plus distinguer « fraude fiscale » et « évasion fiscale ». Mais ça n’est qu’un début car «contrairement à ce qu’a dit le communiqué du G20 en avril dernier, l’ère du secret bancaire n’est pas terminée. Il faudrait pour ça qu’il y ait échange automatique d’information». De même, il n’y aura pas de transparence tant que les multinationales n’accepteront pas de publier des comptes précis pour chacune de leurs filiales à travers le monde, avec « un reporting pays par pays».
Au-delà des déclarations, il faut prévoir une politique de long terme. Christian Chavagneux reste optimiste: «On est sur un horizon politique qui est aux alentours de 10 à 15 ans. C’est une politique publique internationale qui va prendre de longues années».