Ceux qui ont vu le film Gomorra se souviendront surement des mafieux italiens entassant en toute illégalité des centaines de futs toxiques dans une décharge sauvage. C’est un drame d’une autre ampleur qui touche la Somalie.
Dès 1990 de rares articles dénonçaient le dépot massif de déchets toxiques et nucléaires par des navires occidentaux sur les plages du nord de la Somalie. Entreprises et hommes d’affaire peu scrupuleux ont pu pendant des années profiter du chaos de la guerre pour déposer à moindre coût des déchets dangereux en payant chefs de guerre ou responsables locaux. Le traitement d’une tonne de déchets qui coute 1000$ en Europe ne coute plus que 8$ en afrique.
Ilaria Alpi et Miran Hrovatin, deux journalistes qui enquêtaient sur des trafics d’armes et de déchets nucléaires entre l’Italie et la Somalie ont été assassinés en mars 1994 au cours de leurs enquête.
En 1997 des investigations du journal Famiglia Cristiana et Greepeace révélaient le nom d’entreprises suisses et italiennes qui avaient versé 80 millions de dollars à des responsables somaliens pour le stockage de déchets.
En 2005 le tsunami a fait remonter une partie de ces déchets à la surface. Un rapport de l’ONU signalait un taux anormalement élevé d’infections respiratoires, ulcères et hémorragies inhabituelles parmi les habitants des villes Hobbio et Benadir. La pêche locale est la source principale d’alimentation. A ce jour, aucune étude ne semble avoir été réalisée pour pouvoir mesurer avec précision l’impact sur la santé des habitants de la région.
On peut regretter la disproportion entre l’importance demesurée accordée au faits divers de piraterie et le silence des medias sur ce sujet pourtant essentiel. Car l’enjeu dépasse largement les victimes de ces trafics. Il soulève le problème de l’inégalité Nord Sud et de la question du traitement des déchets dangereux qui sera incontournable dans les années à venir.

“Nous ne sommes pas des pirates, nous voulons juste protéger nos ressources naturelles marines. Certains pays veulent faire de nos eaux une décharge pour les déchets industriels de l’Ouest”, a notamment argumenté le porte-parole, affirmant “avoir le soutien des communautés villageoises”.
(Pour le contexte de cette citation voir AFP, 28 septembre 2008)
Pour aller plus loin:
* Toxic waste adds to Somalia’s woes, NewScientist, 1992
* Somalia’s secret dumps of toxic waste washed ashore by tsunami, Time, 4 Mars 2005
* Un film est sorti en 2002 sur les 2 journalistes assassinés.
* Le tsunami renverse les poubelles radioactives du Nord sur les plages, RFI, 2005
* Rapport de l’ONU, 2005 (PDF)
http://www.unep.org/tsunami/reports/TSUNAMI_report_complete.pdf